Interview de Bernard Thouanel
Bernard Thouanel aprs une mission sur bombardier TA-7 Corsair II / Copyright Collection B.Thouanel
Bernard Thouanel, vous tiez un des organisateurs de la fameuse confrence sur les OVNI qui s'est tenu Washington le lundi 12 novembre 2007. Pour les Franais qui ne seraient toujours pas au courant, pouvez-vous nous dire quel tait le but principal de cette confrence et quels taient les intervenants ?
Bernard Thouanel : Je n'ai jamais t le coorganisateur de cette manifestation. C'est le ralisateur producteur James C. Fox et la journaliste activiste Leslie Kean qui en taient les instigateurs de A Z. Mon rle s'est born fournir la liste et coordonnes de tous les officiels franais et belges afin qu'ils puissent tre invits la confrence. James Fox a d'ailleurs pass deux jours avec moi, mon domicile de Los Angeles afin de slectionner les intervenants dfinitifs. Pour le reste, je me suis content de suivre l'vnement dans les coulisses, puisque j'avais russi avec insistance me faire intgrer au sein de l'quipe de James Fox. J'avais en ce sens une exclusivit totale.
Cette confrence avait pour but de servir de dclencheur mdiatique pour le documentaire de James Fox intitul provisoirement "Beyond the Blue", qui se devait tre initialement une sorte de suite de "Out of the Blue", son prcdent film, et par la suite qui est devenu "I know What I saw". C'est un premier point. Le deuxime point, tait de lancer un pav dans la marre quelques encablures du Bureau Ovale. L'htel o nous tions se situe effectivement quelques rues de la "White House" qu'on aperoit trs bien depuis la terrasse-restaurant. C'est vrai, il y avait aussi de la provocation politique quelque part venant de Leslie Kean et de The Coalition for Freedom of Information (CFI) qu'elle reprsentait. Il faut avouer que L.Kean est trs bien introduite dans le milieu de la politique amricaine. Son oncle, Thomas H.Kean, a t le Gouverneur de l'tat du New-Jersey et accessoirement le prsident de la commission d'enqutes du 9/11... Donc, pour rsumer, la confrence visait un but de mdiatisation des productions de James Fox, et d'autres part, un but politique avou de la part de Leslie Kean.
Ce qui m'a le plus surpris dans cette confrence, c'est la multiplicit des tmoignages de pilotes (civils et militaires), trs srieux, et la plupart du temps impressionnants, concernant leurs expriences en matire d'observations d'OVNI. Personnellement, est-ce que vous connaissiez depuis longtemps ce type de tmoignages ?
B.T : Oui, je connaissais trs bien les cas prsents. Depuis que je publiais VSD Hors-Srie en 1998. J'ai t extrmement tonn que le Gnral P. Jafari de l'IRIAF vienne cette confrence par exemple. Par contre, j'ai t trs du de la part des franais qui n'ont pas voulu, comme les gens du Cometa prendre cette opration trs au srieux. Ils ont d le regretter par la suite. Ce qui je pense, explique la longue intervention du Gnral Denis Letty dans le rcent documentaire de James Fox.
Le producteur James C.Fox et la journaliste Leslie Kean Washington D.C / Copyright Lisa Kimmell / FCZ Media 2007 via J.C.DubocPourtant, il existe srement des pilotes (encore une fois civils et militaires), franais qui ont eu des expriences de ce type. Comment expliquez-vous cette frilosit ?
B.T : La peur du ridicule. Le sentiment se se faire passer pour un toqu. Quand on occupe une fonction de Commandant de Bord, ou celle d'officier suprieur au sein d'une Force Arienne, on est vite marginaliss lorsque l'on prend position sur un sujet aussi sensible.
Regardez par exemple des pilotes de ligne comme Jean-Gabriel Gresl, ou Jean-Charles Duboc, certains de leurs collgues les prennent pour de vrais cingls depuis que leurs affaires ont t mdiatises. Je connais un quipage d'Air France qui a observ un Ovni au-dessus de l'Espagne depuis un Airbus A320, h bien ces gens puisqu'ils taient l'poque des responsables syndicaux du SNPL ne se sont jamais manifests ni n'ont jamais accept de tmoigner en public, encore moins officiellement.
J'estime pour ma part que la moiti des pilotes ne tmoignent pas de qu'ils ont vu, encore aujourd'hui. C'est norme.
Est-ce que vous pensez qu'il existe en France (et aux Etats-Unis), des services spcialiss dans l'archivage et l'analyse de ce type de donnes. Ou bien se perdent-elles tout jamais ?
B.T : C'est l bien le problme. Ces services existent sans l'ombre d'un doute. J'ai mme rencontr leurs responsables aussi bien aux Etats-Unis qu'en France. L' Air Force n'a jamais laisser tomber le dossier, soyez-en sr. O sont passes toutes les archives ? Je dirais qu'aux USA, on a encore moyen malgr tout de retrouver les dossiers grce la loi FOIA de 1974. En France, par contre on ne retrouve pratiquement rien, "Peanuts" ! Quand vous voyez les dossiers du GEIPAN mis en ligne, vous vous apercevez qu'il sont soit tronqus, soit caviards, soit qu'il manque des parties importantes. C'est le cas notamment de tmoignages de pilotes du 5 novembre 1990 et du fameux cas du Commandant Jean-Charles Duboc du 28 janvier 1994 qui n'a jamais t rendu public. Vous admettrez avec moi, qu'il s'agit d'une transparence plutt opaque de la part des autorits franaises.
Interview pour Sci-Fi Channel / Copyright Collection B.Thouanel Pourquoi alors, pensez-vous que la France ait soudainement mis en ligne, et la disposition du grand public, une partie des "archives" du GEIPAN. Est-ce votre avis en rapport avec le COMETA ? Est-ce que c'est l'arbre qui cacherait la fort ?
B.T : Le rapport COMETA n'a rien voir avec la mise en ligne des documents du GEIPAN. A l'poque, il n'tait mme pas question de vouloir rendre public les archives. Dixit les propos du comit directeur du Cometa qui tait d'ailleurs totalement rfractaire ce que VSD publie le rapport sous sa bannire. D'o la solution du cahier dtachable rouge qui accompagnait le numro en kiosques, en juillet 1999. L'arbre qui cacherait la fort est une "Lapalissade" ! Prenez l'exemple du cas de Quarouble ou de Colmar en 1954. Ces dossiers existent mais ils ne sont pas au GEIPAN. Pourtant des gens les ont vus. Notamment, Edmond Campagnac qui en avait parl lors de l'mission dbat sur Plante, toujours en 1999, dbat auquel je devais participer sur le plateau et dont j'ai t cart par le producteur sur conseil des membres du COMETA. Ce qui explique la chaise vide aux cts du sociologue Pierre Lagrange et de l'astronome Franois Biraud. Voil pour l'anecdote !
Vous dites avoir rencontr les responsables des services qui s'occupent de l'analyse des donnes relatives aux observations d'OVNI en France et aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous en dire plus ce sujet ?
B.T : Quand j'entends analyse, il s'agit de modlisation, c'est dire de reproduire le fonctionnement de ce qui a t observ dans certains cas. L, c'est aux Etats-Unis que l'on travaille la question. En revanche en France, on se contente faute de budget de mettre de ct certains dossiers qui mritent une attention. C'est essentiellement le bureau Espace de l'Etat-Major des Armes qui s'en occupe. La section "Technologies sensibles" du SGDN et ct civil, la DST maintient quelques dossiers notamment lis aux observations des pilotes. En revanche, c'est bien la DGA (Dlgation Gnrale l'Armement) qui est principalement ampliataire des dossiers Ovnis en France. Donc, pas tonnant que l'on retrouve certains de ses reprsentants au sein de la commission 3AF. CQFD.
Lors d'une confrence, Jean-Jacques Velasco vient de dclarer qu'il avait remis personnellement en 1999 (au Premier Ministre de l'poque, Lionel Jospin), le rapport COMETA. Est-ce que vous pensez que ce rapport tait accompagn (ou non), de preuves qui ne figureraient pas dans la rapport (version grand public) ?
B.T : C'est exact. Jean-Jacques Velasco a remis le rapport en main propre son ami le Premier Ministre de l'poque, Lionel Jospin, au Printemps 1999, dans le terminal de l'aroport de Toulouse-Blagnac pour tre plus prcis. Je confirme. En revanche, je ne crois pas qu'il tait accompagn de pices. Les hommes politiques n'aiment pas se balader avec des caisses de documents, et se contente la plupart du temps de synthses. Ce qui est logique, sinon ils seraient obligs de se balader en semi-remorque chaque dplacement. Je ne crois pas en l'existence de pices jointes pour la simple et bonne raison que le rapport dans sa version originale tait bourre d'erreurs notamment dans la datation des cas d'observations d'Ovnis. Et je peux vous dire que les membres du Cometa aussi respectables soient-ils m'ont jet un regard rempli de haine lorsque, simple journaliste que je suis, j'ai os mettre sur la table toutes les erreurs collationnes en prsence de mon directeur de publication, Franois Sigel. Je crois d'ailleurs, qu'ils m'en ont tenu une certaine rigueur depuis lors. Ceci expliquant cela... On ne s'attaque pas impunment des polytechniciens ou des officiers gnraux surtout lorsqu'ils sont dans l'erreur. En France, on considre cela comme un crime de lse-majest. Aux Etats-Unis, on vous remercie pour vos connaissances et de votre aide. C'est toute la diffrence. Mais de taille !
B.Thouanel avec Bill Barnes (UFO Hunters) et J.C Duboc la fin de la confrence de Washington (Novembre 2007) / Copyright Lisa Kimmell / FCZ Media 2007 via J.C.Duboc
Pour en revenir la confrence de Washington de Novembre 2007, Est-ce que vous vous attendiez de telles retombes au niveau mdiatique ?
B.T : J'en tait convaincu depuis le dbut. Sinon je n'y aurais jamais particip, croyez-le bien. D'autant que James Fox avait un atout matre en main, savoir la chane d'informations CNN. Lorsqu'on est trs ami de la productrice de l'mission de Larry King Live, a aide considrablement !
Cette confrence se trouvait effectivement quelques encablures de la Maison Blanche. Est-ce que vous avez not la prsence de quelques membres des services de renseignements ou autres ?
B.T : Bien entendu. Je me suis mme balad pendant la confrence que je connaissais par coeur pour avoir assist aux rptitions. J'ai vu personnellement un type n'appartenant pas aux mdias qui tait en train de tout filmer depuis le balcon latral du National Press Club l'tage suprieur, et j'ai pu aussi entre apercevoir un badge dans le sac qui contenait ses quipements. Par la suite dans le lobby de l'htel o nous tions, en discutant le soir mme avec James Fox et Jim Penniston, ce dernier m'a confirm qu'il devait vraisemblablement appartenir aux renseignements militaires au regard du descriptif du badge et de l'cusson que je lui en avais fait !
Et pour terminer ce chapitre des agents extrieurs, j'ai remarqu parmi d'autres choses, qu'il y avait effectivement des ufologues mais aussi des illustres inconnus prsents cette confrence, notamment une jolie dame qui a essay de nous poser un tas de questions lorsque nous marchions en groupe avant d'aller djeuner. Il faut dire que je n'ai jamais entendu parler nouveau de cette personne aprs la confrence. Il y avait sans l'ombre d'un doute, des agents des services concerns dans la salle de presse, des femmes notamment comme cette personne qui ne disposait d'aucune carte de presse professionnelle ni d'affiliation.
Quel a t pour vous l'intervention la plus remarque au cours de cette confrence ?
B.T : Question dix points. Pour moi, c'est celle du Gnral Parviz Jafari de l'Islamic Republic of Iran Air Force. Car il tait celui que l'on connaissait le moins et pour cause. Il a fallu trois mois de ngociations pour James Fox et Leslie Kean afin de le faire venir aux USA. C'est ainsi d'ailleurs que les gens de la production des UFO Hunters sur History Channel (qui faisaient le pied de grue devant l'immeuble du National Press Club Washington) ne se sont pas gns pour le rcuprer et faire une mission avec lui. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils ne manquaient pas d'air...
Comment expliquez-vous qu'un Gnral Iranien ait pu se rendre Washington pour tmoigner d'une observation d'OVNI dans une confrence internationale ?
B.T : Oui, cela m'a d'autant tonn sachant les relations tendues avec l'Iran. Toujours est-il que ce Gnral Iranien a pu faire escale par le Moyen-Orient avant de repartir aux Etats-Unis, sans tre incommod le moins du monde. Il a d passer pas moins de 24 heures ou plus afin d'effectuer son voyage... Mais qu'on ne s'y trompe pas, cela s'est fait avec l'assentissement des autorits iraniennes...
D'ailleurs, lorsque j'ai rencontr nouveau le Gnral, quelques jours plus tard cette fois Los Angeles, tandis qu'il rendait visite l'une de ses filles rsidant aux USA, je peux vous dire que le caf "Starbucks" o il m'avait donn rendez-vous tait bourr d'agents iraniens, droite gauche et au milieu...
Cela voudrait-il dire que les autorits Iraniennes cautionnent ce type de manifestations internationales ! Ne trouvez-vous pas cela trange voire suspect ?
B.T : Caution, je n'irai pas jusque-l. Mais enfin, ils ont donn leur aval quelque part sinon le Gnral n'aurait jamais pu revenir en Iran. Soyez-en sr...
Si on prend du recul, je dirai que toute cette affaire parat comme suspecte. Nous sommes amens nous poser quand mme quelques questions. Comment un producteur plutt dsargent peut russir mettre sur pied un tel vnementiel l'aide de sponsors privs. Personnellement, a m'pate. Il faut vraiment tirer le bon numro la loterie. J'ai particip l'laboration d'un ambitieux projet de documentaire sur les Ovnis pour la tlvision franaise. Plus de 12 pisodes de 52 minutes. Un ralisateur trs pro, avec un Background de premier choix. Des prsentateurs clbres et connus de l'audiovisuel. Une coproduction par une maison ayant pignon sur rue. Malgr cela, le projet n'a jamais vu le jour et pourtant il a suscit l'intrt de tous. Cherchez l'erreur !
Pour les gens qui ne sauraient pas, pouvez-vous nous parler de l'exprience du Gnral Jafari ?
B.T : Le Gnral ( l'poque des faits, Major) Parviz Jafari tait le pilote d'un des deux chasseurs-bombardiers F-4 E "Phantom II" du Squadron 32 de l'IIAF qui avaient dcoll dans la nuit du 18 septembre 1976, pour aller intercepter un Ovni gigantesque au-dessus de Thran. C'est lui qui avait t contraint de rebrousser chemin la suite du brouillage de ses moyens de communication radio et de ses instruments de bord, notamment du panneau d'armement de ses missiles Air-Air rendu inutilisable. Sans entrer dans les dtails, ce cas est exemplaire en matire de confrontation arienne avec un Ovni...
Vous voulez dire que James Fox aurait t en quelque sorte "cornaqu" par des services officiels amricains dans le cadre d'une campagne de divulgation "partielle" du phnomne OVNI au niveau international ?
B.T : Ne me faites surtout pas dire ce que je n'ai pas dit... Je ne pense pas du tout que James Fox ait t sponsoris par des services gouvernementaux. Vu de l'intrieur, cela semble totalement impossible et relevant plus du fantasme conspirationniste. En tout les cas, pour moi, ce n'est que le fruit d'une initiative prive MAIS avec l'assentiment des autorits fdrales. C'est indiscutable. Il faut quand mme avouer que nous tions tous runis dans un htel deux pas de la Maison Blanche. Comme provocation, on ne pouvait pas mieux faire. S'ajoutaient cela, les missions avec Larry King sur CNN. Tout cela semblait orchestr de main de matre. Il faut bien l'avouer. C'est quelque chose qui aurait t impensable et infaisable en France, dans les mmes conditions...
B.Thouanel en discussion avec J.C. Ribes et J.C Duboc aprs la confrence de Whashington (Novembre 2007) / Copyright Lisa Kimmell / FCZ Media 2007 via J.C.Duboc
Le succs de cette confrence dbouchera-t-il vers la cration d'un nouveau projet vnementiel sur le thme des OVNI ?
B.T : Dj, le succs de cette confrence a dbouch sur le documentaire de James Fox "I know What I Saw", c'est pas mal en soit. Il s'agit d'un excellent film qui ne se veut pas tre rvolutionnaire. Il n'y a pas de scoops, mais une prise de conscience l'attention des sceptiques et de la communaut rationaliste appartenant aux sphres du ou des pouvoirs en place, plus particulirement amricains. Encore une fois, c'est quelque chose d'unique qui a cot quand mme, confrence et tournage confondu aux alentours d'un demi-million de Dollars plus ou moins aprs trois annes de travail. Je ne pense pas sauf vnement exceptionnel, qu'un autre projet puisse voir le jour dans les mmes conditions.
Que pensez-vous de l'mergence de l'exopolitics aux Etats-Unis ?
B.T : Pour moi, aprs avoir vcu dans les coulisses des bases ariennes et des centres militaires pendant plus de 25 ans, et dans le monde entier, aprs avoir particip la publication de VSD Hors-Srie, du rapport COMETA et d'vnements comme la confrence de Washington en 2007, l'Exopolitics appartient plutt plus l'mergence de l'UFO Business, vu depuis ma lucarne qu'avec les Repas Ufologiques en France, qu'on peut rapprocher d'un autre ct de l'"ufologie de quartier" populaire au sens noble du terme. Autrement, je considre cela plutt comme un piphnomne connotation religieuse, mais certainement pas un vnement vocation d'tude scientifique.

Bernard Thouanel devant le F-35 Edwards AFB (Octobre2008) /
Copyright Collection B.ThouanelA propos des Repas Ufologiques en France, il y a en ce moment au sein de cette structure (une des plus importantes d'Europe), une vive polmique. Elle est d en partie une tentative de noyautage venant de la part d'un contact bidon qui semble vouloir faire du proslytisme au cours de ces manifestations. Ce qui porte atteinte au srieux de cette organisation. Cela vous tonne-t-il ?
B.T : Non, a ne m'tonne pas du tout. J'en suis dsol pour Grard Lebat pour qui j'ai beaucoup d'estime. Malheureusement, le fait de fdrer n'est pas donn tout le monde et je crains que les successeurs de Grard n'arrivent jamais la cheville de leur prdcesseur dans ce domaine. Si vous voulez mon avis, il faudrait que les Repas Ufologiques perdent leur vocation caractre gratuit, et deviennent une association part entire o l'on se soucie de la slection des intervenants et aussi de la qualit des spectateurs. Dans le cas contraire, a deviendra rapidement du n'importe quoi et l'on va retomber dans ce que vous dcrivez. C'est ce que j'appelle l'ufologie de quartier ou la limite l'ufologie Bourdaisienne. C'est--dire, de l'ufologie se basant sur des rumeurs, des cancans de pipelets, et certainement pas sur des enqutes menes sur le terrain. Vous savez, il n' y a rien de valorisant compiler les enqutes fates par d'autres pour les mettre son propre compte dans des livres, et ensuite se faire passer pour un expert.
N'importe qui sachant un tant soit peu crire et se faire publier peut le faire. C'est la porte du premier venu. D'o les conflits que vous mentionnez dans votre question...
Posez la question Jean-Jacques Velasco, Claude Poher, Jacques Valle, ils vous diront tous qu'on ne peut pas confier n'importe qui des questions pluri-disciplinaires aussi ardues que celles relevant des questions ufologiques, moins que l'on souhaite en faire une religion part entire. Dans ce cas-l, cela relve d'un tout autre registre !
Ce qui m'tonne le plus dans votre parcours, c'est que justement vous sillonnez depuis de nombreuses annes les centres militaires du monde entier. Comment les militaires vous accueillent-ils en connaissant votre profil de journaliste favorable au phnomne OVNI ? Est-ce que vous tes tenu un devoir de rserve pour certaines choses ? Sous peine de perdre vos accrditations pour vos prochains reportages ?
B.T : Tout fait exact. Nous sommes une toute petite poigne de journalistes aronautiques avec un point en commun, nous nous intressons tous aux "Blacks Programs". Parce que c'est l effectivement qu'il y a du grain moudre. Je suis all au NORAD. Je vais rgulirement sur des bases ariennes. Il y a quelques jours, j'tais Edwards AFB. On ne m'a jamais ennuy le moins du monde. Pourquoi ? Parce que, il faut savoir faire salon comme on dit, c'est--dire ne pas venir avec une ide en tte, celle de provoquer. S'intresser aux Ovnis n'est pas illgal... A ce que je sache. Le grand secret et le grand complot appartiennent plus des gens comme Gildas Bourdais et Jean-Pierre Petit qui n'ont jamais mis les pieds dans les endroits que je visite rgulirement...
L, cela relve du fantasme pur... Mais la ralit est fort heureusement diffrente que les propos et fantasmes littraires des deux auteurs suscits. Chacun son truc. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours pu mener mes enqutes plus loin que les autres. Avec objectivit, honntet et en mettant mes convictions au placard de temps autre. Encore une fois, il faut savoir se montrer fins d'esprit. Je ne suis pas convaincu que Gildas Bourdais ou Jean-Pierre Petit soient des enquteurs scrupuleux. Ce sont des religieux chacun dans leur domaine. On adhre leurs thses o l'on n'y adhre pas. Pour des raisons videntes d'thique professionnelle, je n'y adhre aucune...

Bernard Thouanel devant le dmonstrateur F-16 Vista Edwards AFB (octobre2005) /
Copyright Collection B.Thouanel A propos des "Blacks Programs" amricains, vous rfutez compltement les thses de Jean-Pierre Petit. Pouvez-vous nous dire si vous avez des informations toutes fraches sur les "supposs programmes" en cours ?
B.T : Sans dvoiler de grands secrets, je dirai oui. Car Jean-Pierre Petit est certes un excellent thoricien, un chercheur de laboratoire talentueux l'imagination dbordante mais certainement pas un exprimentateur prouv au fait des retours d'exprience oprationnels. Un exemple rcent. L'USAF et le DARPA mettent au point comme vous le savez le X-51, un prototype hypersonique sans pilote qui sera largu depuis un bombardier B-52H dans les mois qui viennent. Il se trouve que j'ai rencontr deux de leurs responsables, des officiers appartenant l'U.S Air Force. J'ai appris au dtour de ces conversations qu'ils se heurtent un problme technique majeur. Le plasma ! Aucune mission radio lectronique, aucune communication, aucun signal ne peut passer travers lors du vol hypersonique de l'engin en question, comme pendant les rentres atmosphriques des capsules ou de la navette spatiale.
Ils n'ont pas ce jour trouv aucune parade ce problme. Alors les thories de Monsieur Jean-Pierre Petit Ex-Directeur de recherches au CNRS s'croulent alors comme un chteau de cartes. Lui qui prtendait que l'hypersonique tait parfaitement oprationnel au sein des forces armes US, a tout faux. Comme quoi de temps en temps il faut sortir de son coin perdu pour se renseigner, tout docteur en cosmologie, mcanique du vol que le Dr.Petit soit, j'en passe et des meilleures...
C'est un exemple parmi d'autres qui dmontre que rien ne vaut l'enqute sur le terrain. Le "savanturier" qui dcouvre tout tel un passe-muraille derrire un cran d'ordinateur relve du fantasme et de la fantaisie part entire. Appelons cela pudiquement de la science-fiction, j'appelle cela pour ma part toujours du dlire technologique !

Interview au JT de 13h00 de TF1 EN 2003 /
Copyright Collection B.Thouanel
Est-ce que vos accrditions vous donnent droit une visite de sites sensibles comme la zone 51 par exemple ?
B.T : Aucun journaliste n'a eu accs au centre d'essai de Groom Dry Lake qui est par dfinition ultra-secret. Celui qui est all mon avis, doit tre le plus frustr au monde car il ne pourra jamais faire mention de sa visite ni ce qu'il a vu. On y exprimente tout ce qui sera appliqu en matire de technologie militaire sur les appareils qui seront en service d'ici 20 30 ans et au del. De ce ct-l, et c'est parfaitement justifi, il n'y a aucun intrt y faire entrer les mdias. Cela relve du secret militaire part entire. Et de la scurit nationale bien videmment.
Comment expliquez-vous que justement, c'est dans ce genre d'endroits qu'ont lieu de nombreuses observations d'OVNI ?
B.T : Du fait qu'on y exprimente toutes les technologies rvolutionnaires connues et encore inconnues du grand public comme les nouveaux types de propulsion, il est normal a priori qu'on y voit des engins tranges et aujourd'hui des drones de tout genre et de toutes formes. Deuximement, si des espions venus d'ailleurs veulent se renseigner sur nos progrs technologiques de pointe, fatalement ils survolent ces centres d'essais, et pas seulement Groom Lake mais aussi de nombreux autres endroits de la plante. Cela semble parfaitement cohrent... Reste savoir qui sont ces visiteurs. Et l effectivement, c'est la grande question. Mais je crois que la grande erreur est d'attribuer systmatiquement ces observations la question extra-terrestre. c'est un raccourci simpliste mon sens.

Bernard Thouanel devant le prototype F-15 SMTD Edwards AFB (octobre 2005) /
Copyright Collection B.Thouanel Pouvez-vous nous dire quels sont les dernires observations importantes d'OVNI, ces derniers mois aux Etats-Unis ?
B.T : Je dirais sans l'ombre d'une hsitation, les observations fates Stephenville, au Texas depuis janvier 2008 et surtout l'affaire de l'aroport O'Hare de Chicago en novembre 2006. Il y en a eu quelques autres, mais elles restent extrmement marginales faute d'un nombre suffisant de tmoins ou de manque de matire, de dossiers, d'lments concrets entre les mains.
A votre connaissance, existe-t-il aux Etats-Unis une structure (civile ou militaire), qui s'occupe d'tudier, d'analyser les observations d'OVNI au niveau mondial ?
B.T : Officiellement non. Officieusement oui. Ce sont les associations prives comme le MUFON ou le National UFO Reporting Center de Peter Davenport qui collectent les observations sur le plan civil. Ct militaire, c'est beaucoup plus obscur. Mais en tous les cas, les laboratoires de recherches militaires font travailler la question certains de leurs chercheurs pour modliser et tenter de reproduire un semblant de technologie sur les observations o l'on a recueilli de la matire et des lments concrets. Les militaires amricains appellent cela pudiquement "les sciences nigmatiques". Voil ce que je peux vous dire...
Sans faire de prospective hasardeuse, pensez-vous que le processus de divulgation est en cours sur plusieurs dizaines d'annes o cela est juste un fantasme de plus venant des amateurs d'OVNI ?
B.T : "Demain, mon prince viendra..." C'est une phrase prononce par le professeur Jean-Paul Escande pendant l'mission de Tina Kieffer, diffuse sur TF1 en 1995 "J'y crois, J'y crois pas" consacre justement la question des ovnis et des extra-terrestres. C'tait une vritable bouffonnerie mais qui dmontre l'tat d'esprit des mdias franais l'poque...
Je crois que tous les ufologues de tous poils et de toutes nations sont des grands nafs et ne rvent que de fantasmes de ce genre n'ayant rien se mettre sous la dent. Je dirai pour ma part, que la divulgation ct gouvernemental ne dpassera jamais le niveau de divulgation des documents mis sur le web. Pour le reste, il faudrait aussi poser la question nos ventuels visiteurs de savoir s'ils seraient d'accord qu'on divulgue leur prsence visage dcouvert. A votre avis, ne vaut-il mieux pas continuer travailler avec efficacit dans la discrtion ? Ou prendre un risque suicidaire d'ouvrir la bote de Pandore d'une civilisation humaine qui a beaucoup de mal encore trouver ses repres ? Je pose la question...
Concernant votre actualit, pouvez-vous nous dire quels sont vos projets en matire d'criture et d'vnementiel pour les prochains mois ?
Comme vous le savez, la presse magazine tant en pleine mutation et souffrant normment en termes de ventes de la crise conomique, les revues dont je m'occupais comme VSD Hors-Srie et Sci-Fi Magazine ont cess de paratre. La premire par dcision arbitraire de la direction de l'hebdomadaire VSD reprsente par Philippe Labi, dcision imbcile que je n'ai toujours pas compris car ces publications gagnaient de l'argent. La deuxime publication a stopp par soucis de rentabilit pour un groupe comme NBC Universal dont la priorit n'est pas de produire des magazines par dfinition. Je suis donc revenu pour l'heure la presse aronautique. Cela me permet de prendre un certain recul afin de pouvoir revenir le cas chant avec de nouveaux projets dans ce domaine.
Je vise beaucoup plus l'audiovisuel qui est l'avenir.
La presse magazine papier est en train d'voluer voire de disparatre au profit du web et de l'I-Pod interactif. Tout cela fusionnera d'ici quelques mois voire quelques annes. Nous sommes encore au stade du ttonnement technologique.
En dehors de cela, j'ai donc des projets audiovisuels lis aux Ovnis, comme je vous l'ai dj mentionn. L, une certaine confidentialit est de rigueur. Par contre, ct littrature, je suis en train de rdiger un livre un peu sous la forme d'un journal romanc destin raconter les coulisses de mes enqutes et de mes travaux depuis les annes 1990 en matire d'ufologie. Ca ne sera pas triste mais on ne peut plus ncessaire pour montrer comment un journaliste a vcu les coulisses de ces voyages et de ses enqutes au bout de l'extraordinaire. Je dois dire qu' ce stade, cela relve plus du roman d'espionnage que de la science-fiction pure. En tout cas, ce sera passionnant crire et lire... Ca dcoiffera, c'est certain !
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Interview faite par Internet en Octobre 2009
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Vidos de la confrence de Washington par Bernard Thouanel
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Vidos de chasseurs de l'arme Amricaine par Bernard Thouanel
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